Journal de bord - Caroline Sire

La difficulté de dire

 

Il y a un monde derrière le monde

Des territoires

Des régions différentes, soigneusement cachées

Derrière la vie bruyante, il y a d'immenses espaces aux horizons en courbe

Lumière floue déformant toute chose. Univers de sépia, d'ouate et de silence, parcouru de brises tièdes, d'odeurs étranges

Celui qui s'aventure dans ces lents paysages peine à y avancer

Très tôt, jambes rompues, il faut s'arrêter. Prendre souffle et rester, adossé à un arbre, une pierre, un talus, dans un temps infini, juste à regarder loin les lignes qui se brouillent

Tout se voile. S'endormir. Au réveil, tout change à nouveau

Les formes se dessinent. Permanent paradoxe de noir et de lumière, les sensations défilent

De l'angoisse qui tord à l'absolu repos

Oui, il y a un monde derrière le monde. Mais qui sait en parler ? Comment dire cette envolée absente ?

Les grandes guerres que livre l’esprit au corps qui lui est assujetti, dans la solitude de la chambre à coucher ou au plein midi, parmi des gens connus, sont passées sous silence

 

« QUI SAIT CE QUE NOUS SOMMES ? »

 

Lorsqu'elle tombe amoureuse, n'importe quelle écolière peut faire appel à Shakespeare, Nerval ou... Pascal Obispo !

Mais qu'une personne tente de décrire la vie qui se cache entre les pôles émergés… et le langage lui fait aussitôt défaut.

La difficulté de dire

Paroles balbutiantes

Emportées dans le cours sinueux

Une de ces lentes et longues chutes qui nous saisit comme dans les rêves, chute faite de plongeons blancs, de répits aériens, de sursauts arrêtés

Etats de pensée

Qui sait ce que nous sommes, ce que nous éprouvons ?

 

Aujourd’hui, maintenant

Je suis envahie d’origine, essoufflée de présent